COCAFEM/GL au Rwanda organise la formation de renforcement des capacités des agents psycho-sociaux.

Dans le cadre de la lutte permanente contre les violences basées sur le genre, la “COCAFEM/GL” regroupant les associations féminines actives dans les pays membres de la région des Pays des Grands Lacs (CEPGL), exécute le Projet de Lutte contre la Violence faite aux Femmes, en abrégé “PLUVIF” (Projet de Lutte contre la Violence faite aux Femmes). La mise en œuvre de ce projet prévoit entre autre le renforcement des capacités des agents psycho-sociaux dont le programme de formation a eu lieu du 03 au 06 juin 2014 à Kigali.

Animée par des juristes professionnels et spécialisés dans le domaine des violences faites aux femmes , la formation avait pour objectif d’équiper notamment les agents psycho-sociaux communément connus sous le pseudonyme « APS » avec des notions juridiques de base susceptibles de les aider ȧ mieux accompagner et assister les victimes des violences basées sur le genre, selon les déclarations de Madame Monique MUKAMUTARI , l’une des points focaux de COCAFEM au Rwanda et animatrice du PLUVIF . « Nous exerçons notre projet dans deux zones notamment GATSIBO en Province de l’Est et RUHANGO en Province du Sud. Chaque secteur dispose de deux agents psycho-sociaux qui ont pour tâche d’accompagner les victimes », a déclaré Madame Monique. « Dans chaque zone, a-t-elle poursuivi, nous avons sélectionné six (6) APS pour en former douze (12) au total. A l’issue de cette formation ȧ base juridique, ces APS seront capables d’exercer leurs activités selon les termes de la Loi numéro 59/2008 régissant la lutte contre les violences basées sur le genre au Rwanda », rassure Monique. Abordant les participantes ȧ cette formation, l’une d’entre elles, Madame Goretti MUKAMURENZI reconnait qu’avant cette formation, il y’avait bien des aspects juridiques qu’elle ignorait et qu’elle vient d’apprendre beaucoup ȧ travers ladite formation. Fière de ses nouvelles connaissances, Madame Goretti nous confie en ses termes: « Nous avons appris les différents types de violences faites aux femmes. Désormais nous connaissons la différence entre les termes « Ubushoreke et Ubuharike »…Nous avons appris comment accueillir, écouter et traiter les victimes des violences, nous allons maintenant sensibiliser les autres et leur transmettre ce que nous avons appris … ». UWIMPUHWE Marie-Louise, une veuve victime du génocide contre les Tutsis rwandais en 1994 et venue de Gatsibo, est bien rodée dans cette activité de lutte contre les violences faites aux femmes et aux enfants. Son expérience dans ce domaine lui a permis ȧ bien comprendre les enjeux de ce phénomène lié aux violences basées sur le genre. Marie-Louise, l’une des APS très active, déclare qu’au cours de trois mois derniers, elle a enregistré, ȧ Gatsibo, 12 cas de violences dont 3 cas de pédophilie en Mars dernier, 9 cas en Avril et 11 cas en Mai dernier. « Je suis familière avec la police, les centres de santé, les instances de base, etc… les femmes battues par leurs maris me rencontrent tous les jours pour intervenir… », déclare, non sans tristesse, Marie-Louise. « La situation est alarmante ces derniers temps, bien que la loi soit aussi dure », confie notre interlocutrice. En effet, la loi rwandaise numéro 59/2008 réglementant la lutte contre les violences basées sur le genre prévoit des peines assez exemplaires contre les récalcitrants ainsi que des dommages et intérêts pour les victimes. Elle définit les termes « Ubuharike » comme étant le remariage légal contracté avec une seconde femme alors que le précédent contrat de mariage n’a pas été dissous par le divorce , ce qui est passible d’une peine allant de 3 ȧ 5 ans d’emprisonnement , avec dommages et intérêts allant de 300.000 Frw ȧ 500.000 Frw pour la victime, tandis que le terme « Ubushoreke » est défini comme le partage conjugal illégal entre deux personnes de sexe différent, alors que l’une de ces personnes dispose d’un contrat de mariage légal avec une autre, ce qui est passible d’une peine allant de 2 ȧ 4 ans d’emprisonnement avec dommages et intérêts allant de 100.000 Frw ȧ 200.000 Frw pour la victime. Le harcèlement sexuel, moral ou injurieux est également passible d’une peine de prison allant de 6 mois ȧ 2 ans. Le mariage forcé est puni d’une peine allant de 5 ȧ 8 ans de prison tandis que le viol est puni d’une peine allant de 10 ȧ 20 ans et même ȧ perpétuité lorsque la victime subit des dommages corporels pouvant lui entrainer une maladie incurable ou la mort. La loi définit aussi comme viol toute relation sexuelle forcée par un conjoint sans consentement de sa femme et prévoit une peine allant de 6 mois ȧ 2 ans d’emprisonnement. Une autre forme de violences et non de moindre est le harcèlement sexuel sur le lieu du travail. Le législateur rwandais y prévoit 2 à 5 ans d’emprisonnement avec 100.000 Frw à 200.000 Frw de dommages et intérêts pour la victime. « Notre objectif n’est pas de faire punir les hors-la-loi, mais de promouvoir le dialogue parmi les conjoints et sensibiliser la population pour, ensemble, lutter contre la violence», rétorque Madame Goretti MUKAMURENZI , Agent Psycho-social formée et membre de l’Union Chrétienne Féminine (UCF). Selon Madame Monique MUKAMUTARI , la COCAFEM ou la Concertation des Collectifs des Associations Féminines dans les Pays des Grands-Lacs , qui est le Chef d’œuvre du Projet de Lutte contre la Violence faite aux Femmes (PLUVIF) dispose au Rwanda de trois collectifs des associations membres qui sont : l’Union Chrétienne Féminine (UCF), PRO FEMMES Twese Hamwe et le Réseau Rwandais des Personnes vivant avec le VIH/SIDA (RRP+). Pour parachever la mission du COCAFEM au Rwanda, ces collectifs travaillent en synergie comme suit : PRO FEMMES Twese Hamwe assure le plaidoyer, l’appui aux victimes est assuré par l’Union Chrétienne Féminine (UCF) et le RRP+ s’occupe de la sensibilisation. S’agissant de l’appui aux victimes, Monique MUKAMUTARI nous a expliqué que les différentes méthodes liées ȧ cette tache sont d’ordre médical, psycho-social, juridique et socio-économique. Rappelons que l’organisation COCAFEM/GL est en partenariat direct avec le Centre d’Etudes et de Coopération Internationale (CECI).